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L'histoire


A la fin du siècle dernier, la colonie russe est relativement importante sur la Côte d’Azur.Ainsi, en 1880, c’est la grande duchesse Anastasia, (petite fille de l’empereur Nicolas Ier et tante du tsar Nicolas II), qui décide de fonder une société russe appelée « Association orthodoxe russe de Sainte-Anastasie », afin de permettre aux jeunes poitrinaires de son pays de venir séjourner dans une maison de repos.

Cet établissement était à l’origine le bâtiment abritant la clinique Hermitage. Ce n’est qu’en 1908 que l’association vend l’Hermitage et construit un autre bâtiment qui sera l’actuelle Maison russe.En 1882, la grande duchesse va être l’instigatrice de la création d’un groupe financier destiné à venir en aide hospitalière aux sujets russes malades.La colonie russe est importante à cette époque et ne possède pas encore de lieu de culte ; ainsi, en 1884, le comte PROTASSOV-BECHMETIEFF fait édifier au cimetière du Vieux Château une chapelle orthodoxe possédant une crypte dans laquelle sont recueillis les restes mortels des ressortissants russes, chapelle dont les plans sont établis par YOURASSOF, alors vice-consul de Russie à Menton, sur un terrain de 54 m² et d’une valeur de 26 000 francs, cédé gratuitement par la Ville de Menton. Les travaux sont réalisés sous la direction de Sylvain JAUFFRET, architecte de la Ville de Menton. Cette chapelle est inaugurée le 12 mars 1886.Quelques années plus tard, en 1892, est construite l’église orthodoxe de la rue Paul Morillot, grâce à des fonds recueillis par la grande duchesse Anastasia, provenant de dons de riches familles russes.

L’église, dont les plans sont réalisés par l’architecte danois Hans Georg TERSLING, est consacrée le 24 octobre 1892. Dédiée à la Vierge et à Saint-Nicolas, son nom entier est : « Eglise de Notre-Dame joie des affligés et Saint-Nicolas le Thaumaturge ».

L’église, symbole de la présence russe à Menton, communiquait à l’époque directement avec la maison de repos l’Hermitage. Cet édifice ne présente pas un pur style russe oriental, mais un mélange de styles occidental et oriental. Le sanctuaire avec l’autel est, comme dans toutes les églises orthodoxes, séparé du reste de l’église par une cloison appelée « iconostase », percée de trois portes et ornée d’icônes prescrites par les canons. Cette cloison peut être de bois, de métal ou de marbre comme c’est le cas ici.Les icônes ornant l’iconostase ont été exécutées à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg ; certains par le peintre BRULOV, les autres icônes sont de différentes époques et de diverses provenances.Très atteinte par les combats de juin 1940 et les pillages de la guerre, l’église fut restaurée en 1958 (façade refaite et dôme redoré), par les soins du père Romensky, alors aumônier de la Maison russe.Le système de juridiction dans l’Eglise orthodoxe étant différent de celui de l’Eglise catholique, les Russes peuvent choisir leur rattachement hiérarchique. L’église de Menton qui dépend de l’archevêque de Genève, est rattachée au Patriarcat de New York qui représente l’Eglise russe en exil.


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La benediction de Saint Jean de Kronstadt


Saint Jean de Kronstadt naquit le 19 octobre 1829, dans le village de Soura, situé dans la province d'Arkhangelsk, dans le lointain nord de la Russie, d'un sacristain pauvre, Élie SERGUIEV et de sa femme Théodora. L'enfant était extrêmement chétif et maladif aussi ses parents s'empressèrent-ils de le faire baptiser, lui donnant le nom de Jean, en l'honneur de Saint Jean de Rylsk, dont on fêtait la mémoire ce jour-là. Quelques temps après, l'état de santé de l'enfant s'améliora sensiblement et évolua ainsi à un rythme très rapide. Les pieux parents ne manquèrent pas d'attribuer cette heureuse issue à la grâce du sacrement du baptême, et c'est avec un zèle particulier qu'ils entreprirent d'orienter vers Dieu la pensée et tous les sens de leur fils, lui donnant l'habitude d'une prière continuelle et fervente à l'église comme à la maison. Son père l'emmenait dès son plus jeune âge aux offices divins, lui inculquant pour ceux-ci un amour profond. Vivant dans des conditions de gêne matérielle extrême, le jeune Jean fit très tôt la connaissance d'un décor exempt de joie que constituent la pauvreté, la misère, les pleurs, la souffrance. Cela détermina en lui une concentration particulière et une grande réflexion, mais aussi cela fit apparaître en lui une profonde compassion et un amour plein de miséricorde pour les pauvres. N'éprouvant aucune attirance pour les jeux de son âge, il se trouvait porté par son amour constant de Dieu, à aimer la nature, ce qui développa en lui l'attendrissement et l'admiration devant le Créateur de toutes choses. À six ans son père se mit à lui enseigner la lecture et l'écriture. Mais le garçon eut beaucoup de difficultés à assimiler les rudiments de cette science. Il s'en trouva très affecté et dans son désir d'être secouru, il s'adressa à Dieu en des prières particulièrement enflammées. Bientôt son père, ayant ramassé ses dernières ressources, l'envoya à l'école paroissiale à Arkhangelsk, et là, le jeune Jean sentit encore davantage sa solitude et son impuissance, et de plus en plus, il ne trouva sa consolation que dans la prière. Il priait souvent et de manière enflammée, demandant avec ardeur que Dieu lui vienne en aide. La façon dont cette aide lui vint, fut racontée plus tard par le père Jean lui-même : «Je me souviens, disait-il, comme si c'était à peine arrivé; tout le monde était couché. Moi seul, je ne pouvais trouver le sommeil. Comme à l'habitude, je n'avais rien compris à ce qui avait été fait dans la journée, je lisais toujours aussi mal, et ne parvenais pas à retenir ni à me souvenir de ce qui avait été dit. J'étais envahi par une tristesse immense; je tombais à genoux et je me mis à prier ardemment. Je ne me souviens plus du temps que je passais dans cet état, quand je ressentis tout à coup comme un ébranlement de tout mon être. Il me semblait qu'un voile se détachait de mes yeux, mon esprit s'ouvrait dans ma tête, et je me suis représenté exactement le professeur de ce jour, son cours; je me rappelais même ce dont il avait parlé. Je ressentis un immense soulagement, une grande joie. Je n'ai jamais dormi aussi paisiblement que cette nuit-là. Le jour s'était à peine levé que je sautais en bas du lit. Je saisis mes livres et, oh quelle joie ! Je lisais maintenant bien plus facilement, je comprenais tout, et non seulement je comprenais ce que je venais de lire, mais je me sentais capable de le raconter tout de suite. Maintenant j'éprouvais en classe un sentiment tout différent; je comprenais tout, tout me restait en mémoire. Et lorsque le professeur me donna un problème d'arithmétique, je parvins à le résoudre; et je reçus des félicitations.» Depuis lors, les succès en classe du jeune Jean augmentèrent chaque année davantage. Il termina l'école parmi les premiers, il sortit premier du séminaire d'Arkhangelsk et il fut admis comme boursier complet à l'académie de théologie de Saint Pétersbourg. Son père qu'il aimait tendrement décéda alors qu'il était encore au séminaire. Afin d'assurer à sa vieille mère les moyens d'existence, Jean voulut quitter immédiatement le séminaire et prendre une place de diacre ou de lecteur. Mais sa mère l'arrêta dans cette entreprise et, au contraire, insista pour qu'il entre à l'académie. Aussitôt entré à l'académie, il y prit un travail de secrétariat, dont le maigre revenu était intégralement envoyé à sa vieille mère. À l'époque où Jean Serguiev étudiait à l'académie, la vie des étudiants était remplie d'aspirations très élevées. Presque chaque étudiant caressait le rêve de quelque activité spéciale au service de l'Église et de la foi orthodoxe. Pour beaucoup d'entre eux, l'action missionnaire était particulièrement attrayante. C'est vers ce genre d'activités que s'orientait initialement l'étudiant Jean Serguiev. Il se préparait à prendre le monachisme dès la fin des cours et partir vers les pays lointains, le Japon ou la Chine, afin d'y répandre la lumière de l'Orthodoxie. Jean aimait se livrer aux réflexions qu'appelait un tel service dans l'avenir au cours des promenades solitaires dans les allées du parc académique. Mais Dieu lui préparait un tout autre champ d'activités. Un jour, peu de temps avant la fin des cours, au retour d'une de ces promenades, Jean s'endormit. Dans son rêve, il se vit prêtre, célébrant dans la cathédrale Saint André de Kronstadt, qu'en réalité il n'avait encore jamais vue. Ce rêve devint bientôt une réalité, dans toute son exactitude. En 1855, lorsque Jean eut achevé les cours de l'académie, il reçut la proposition de prendre pour femme la fille de l'archiprêtre de la cathédrale de Kronstadt, Élisabeth Nevitsky et d'occuper la fonction de prêtre de ladite cathédrale. Jean accepta avec joie, considérant avoir reçu dans son rêve l'expression de la volonté de Dieu, Le mariage du père Jean, exigé par les usages de notre Église pour les prêtres qui effectuent leur service dans le monde, était une formalité pure. En effet il a vécu avec sa femme comme frère et sœur. Le jour de leur mariage, il lui dit : «Lise, des familles heureuses, il y en a suffisamment. Mettons nous, toi et moi, au service de Dieu.» Et il garda jusqu'à la fin de sa vie une parfaite virginité. Dès son premier contact avec ses ouailles, il prit conscience du travail qui l'attendait. Il y avait là un champ d'activités pastorales au moins aussi grand que dans les lointaines contrées païennes. L'athéisme, l'hétérodoxie, les sectes, sans parler de l'indifférence religieuse y étaient florissants. Kronstadt était un lieu d'exil administratif pour toutes sortes de malfaiteurs de la capitale. Il y avait en plus, une grande quantité d'ouvriers manœuvres occupés principalement dans le port. Dans leur grande majorité ils vivaient dans les misérables masures, mendiant et buvant. Les citadins souffraient de toutes sortes de maux de la part de ce monde moralement tombé bien bas. Il n'était pas sans danger de circuler la nuit tombée, le risque étant grand d'être attaqué par les voleurs.

Cet établissement était à l’origine le bâtiment abritant la clinique Hermitage. Ce n’est qu’en 1908 que l’association vend l’Hermitage et construit un autre bâtiment qui sera l’actuelle Maison russe.En 1882, la grande duchesse va être l’instigatrice de la création d’un groupe financier destiné à venir en aide hospitalière aux sujets russes malades.La colonie russe est importante à cette époque et ne possède pas encore de lieu de culte ; ainsi, en 1884, le comte PROTASSOV-BECHMETIEFF fait édifier au cimetière du Vieux Château une chapelle orthodoxe possédant une crypte dans laquelle sont recueillis les restes mortels des ressortissants russes, chapelle dont les plans sont établis par YOURASSOF, alors vice-consul de Russie à Menton, sur un terrain de 54 m² et d’une valeur de 26 000 francs, cédé gratuitement par la Ville de Menton. Les travaux sont réalisés sous la direction de Sylvain JAUFFRET, architecte de la Ville de Menton. Cette chapelle est inaugurée le 12 mars 1886.Quelques années plus tard, en 1892, est construite l’église orthodoxe de la rue Paul Morillot, grâce à des fonds recueillis par la grande duchesse Anastasia, provenant de dons de riches familles russes.Ce sont ces gens apparemment perdus, honnis de tous, qui attirèrent l'attention du nouveau pasteur. C'est dans ce milieu qu'il commença son action pleine d'amour et d'abnégation. Tous les jours, il se mit à visiter les misérables habitations, à parler, à consoler, à prodiguer ses soins aux malades et à leur fournir une assistance matérielle, donnant tout ce qu'il possédait, rentrant chez lui souvent déshabillé, fréquemment sans chaussures. Voici l'histoire très émouvante que raconte un artisan, ayant retrouvé son équilibre d'homme grâce à l'intervention du père Jean: «J'avais alors 22 ans. Maintenant je suis vieux, mais je me souviens très bien du jour, où je vis pour la première fois le père Jean. J'avais une famille, deux enfants. Je travaillais et je buvais. Ma famille souffrait de la faim. Ma femme se livrait en cachette à la mendicité. Nous vivions dans un taudis. Rentrant un jour chez moi pas trop ivre, je vis un jeune prêtre assis, tenant sur ses genoux mon petit garçon, et lui racontant quelque chose avec tendresse. L'enfant écoutait avec attention et sérieux. Il m'a semblé que le prêtre ressemblait au Christ, tel qu'il est représenté sur l'image "la bénédiction des enfants". Il me vint l'idée de l'injurier : oui, il y en a qui se baladent ... quand le regard du père se posa sur moi avec tendresse et sérieux. J'ai eu honte. Je baissais les yeux. et lui, il ne cessait de me regarder, pénétrant avec son regard jusqu'au fond de mon âme. Puis il se mit à parler. Je ne puis rapporter tout ce qu'il a dit. Il disait avec simplicité que j'avais dans mon réduit le paradis, car là, où il y a des enfants, il fait toujours chaud et bon, et il disait aussi qu'il ne fallait pas échanger ce paradis contre la fumée des cabarets. Il ne m'accusait point, au contraire, il me disculpait entièrement. Quand il fut parti, je restais longtemps en silence. Je ne pleurais pas, mais je sentais que mon âme se trouvait au bord des larmes. Ma femme me regardait. Et voilà, depuis ce temps je suis devenu un homme.» Une activité pastorale aussi inhabituelle de la part du jeune pasteur appela des blâmes et des reproches en provenance de toutes parts. Nombreux étaient ceux, qui au début ne reconnaissaient pas la sincérité de l'attitude du père Jean, se moquaient de lui, le calomniaient de vive voix ou dans la presse, le traitant de faible d'esprit. Pendant une certaine période les autorités diocésaines interdirent de lui verser son traitement en mains propres, car il le distribuait intégralement aux pauvres, elles le convoquaient plus d'une fois pour avoir des explications. Mais le jeune pasteur, agissant en tout par la Volonté et la grâce de Dieu, ne changeait rien à sa façon de faire, supportant toutes les moqueries, toutes les calomnies et tous les sévices. Peu à peut au fil des années, ceux qui s'étaient moqués de lui, ceux qui l'avaient injurié, calomnié, persécuté, se rendirent à l'évidence qu'ils avaient devant eux un véritable pasteur, un vrai disciple du Christ, offrant sa vie pour ses brebis.

Le père Jean rendait fréquemment visite à une famille de marchands les S. dans l'île de Vassiliev. Dans le même immeuble habitaient trois jeunes étudiants qui s'adonnaient souvent à des plaisanteries sur la popularité du père Jean qu'ils ne comprenaient pas. Aussi eurent-ils un jour l'idée de tourner en dérision la force de guérison émanant des prières du pasteur de Cronstadt et ils recoururent à l'artifice suivant. K. Le plus hardi des jeunes gens s'en alla chez les S. avec l'intention de prier instamment le père Jean de venir voir leur camarade mourant. S. devait prendre le rôle du malade à toute extrémité et M. le rôle du frère pleurant au chevet du mourant. Le père Jean entendit la requête, fixa K. du regard et lui dit: "Je ne refuse jamais de prier et je viendrai chez vous, mais sachez bien que vous plaisantez avec Dieu." K. devient très confus, il persista toutefois dans sa demande, en affirmant que leur camarade était bien à l'article de la mort. "Bien, j'y serai dans un instant" ... Dix minutes s'étaient à peine écoulées que retentit la sonnette à la porte de l'appartement des jeunes gens. S. se glissa dans le lit et se mit à gémir doucement, M. se laissa tomber à genoux au chevet du faux malade, quant à K. il se précipita pour ouvrir la porte. "Où est votre malade? demanda le pasteur d'une voix brève, en mettant l'accent sur "votre". "S'il vous plaît, père, s'il vous plaît, s'afféra K. en conduisant l'hôte vers la pièce attenante. Le malade continuait à gémir, et M. de sangloter ... Le père Jan s'arrêta au milieu de la pièce et chercha du regard une icône. Il n'y en avait pas. Alors il s'agenouilla au milieu de la chambre et, après avoir fait le signe de la croix, il se mit à prier. "Seigneur donne leur selon leur foi. Amen!" Le père Jean se leva rapidement et, sans prendre congé, se dirigea vers la sortie. K. et M. se précipitèrent pour l'accompagner jusqu'à l'escalier. C'est avec un grand éclat de rire qu'ils revinrent dans la chambre du "malade". "Vania, Vania, lève-toi, le père Jean est parti!" Hélàs! le pauvre ne jouait plus. Il était couché et complètement paralysé: la langue, les mains, les pieds – ; tout était sans vie, seul un léger mouvement des yeux indiquait que le jeune homme était vivant et voulait dire quelque chose. Les plaisantins étaient figés d'effroi. Ils ne pouvaient comprendre ce qui se passait et lorsqu’ils retrouvèrent leurs esprits, ils se regardèrent et se mirent à pleurer à chaudes larmes devant le cadavre vivant. "Vania, Vania, nous avons voulu plaisanter avec Dieu, pardon, pardonne-nous." Ils envoyèrent aussitôt chercher des médecins. Trois médecins expérimentés passèrent toute la nuit au chevet du malade et conclurent à une paralysie, dont la guérison prendrait des années, si toutefois guérison il y avait. "C'est une très grande émotion qui a dû terrasser votre ami, tout son système nerveux est atteint," dirent les médecins. Les jeunes gens pleuraient sans arrêt, ils ne pouvaient se rendre à dévoiler la vérité aux médecins. Prenant le premier train du matin, les deux plaisantins s'en allèrent à Cronstadt. Le père Jean ne put les recevoir que le soir, mais lorsqu'on lui annonça les deux jeunes gens, il leur fit dire qu'il ne pouvait rien pour eux. M. et K. veillèrent toute la nuit devant la maisonnette grise et le matin, lorsqu'apparut le père Jean, ils se jetèrent à ses pieds et le supplièrent de les pardonner. Le bon pasteur releva les jeunes gens et leur dit d'aller à l'église. Après la liturgie il les conduisit devant l'icône de saint Nicolas le thaumaturge où il leur donna une leçon pendant près de deux heures. Le vénérable pasteur commença par indiquer l'incorrection de leur geste, en leur faisant comprendre qu'ils n'avaient pas le droit de plaisanter leurs aînés, puis il passa à l'exposé de l'enseignement évangélique. "Maintenant, prions," dit le père Jean, lorsque la leçon prit fin. La prière des jeunes gens n'avait sans doute jamais été aussi intense qu'en ce moment." Allez en Dieu, et glorifiez-Le". Les jeunes gens avaient la sensation qu’un montage était tombée de leurs épaules. Ils éprouvaient maintenant une joie incompréhensible, leur âme jubilait, et toutes choses autour d'eux leur semblaient être inondées d'une lumière radieuse. Lorsque les amis arrivèrent le soir à la maison, c'est S. qui leur ouvrit la porte. "Vania, c'est bien toi ? Tu es guéri?" - "Presque guéri, répondit S., la tête est encore lourde et je sens une lassitude générale ..." Ils purent établir que c'est au moment même où à Cronstadt le père Jean priait avec les deux jeunes gens devant l'icône de saint Nicolas le thaumaturge que S. réussit à faire ses premiers mouvements et que peu à peu il retrouva la faculté de mouvoir ses membres figés. Le premier membre à retrouver la vie fut la main droite, et son premier geste fut le signe de la croix. Nous devons aimer tout homme, aussi bien dans son péché que dans sa honte» disait le père Jean, «il ne faut pas confondre l'homme, cette image de Dieu, avec le mal qui est en lui.» C'est animé de cette profonde conviction qu'il allait au-devant des gens, triomphant du mal et portant la renaissance grâce à son amour véritable plein de miséricorde. Bientôt apparu chez le père Jean le don merveilleux d'intercession qui l'a rendu célèbre dans toute la Russie et, aussi bien au-delà des frontières russes. Il serait impossible de citer tous les miracles qui ont eu lieu grâce à l'intercession du père Jean. Notre intelligentsia ayant perdu la foi s'efforçait dans sa presse de garder le silence sur ces nombreuses manifestations de la grâce divine. Néanmoins un grand nombre de miracles a été consigné et beaucoup d'entre eux conservés pieusement en mémoire, trouvant de nos jours leur place dans la presse. Les miracles dus à l'intercession du père Jean qui ont eu lieu dans l'émigration russe avant sa canonisation en 1964 se sont accrus depuis considérablement. Sans doute n'y sont pas étrangères les merveilleuses prières et les offices, composés à cette occasion pour vénérer le saint père Jean.

Le premier miracle fut décrit par le père Jean lui-même à l'attention de ses confrères prêtres. Cette relation montre la grande humilité qui habitait l'âme du père Jean. «Quelqu'un à Kronstadt était tombé malade, écrivait le père Jean. On me demanda de le secourir par mes prières. J'avais déjà acquis cette habitude de ne refuser à personne quoi que ce soit. Je me mis donc à prier, remettant le sort du malade entre les mains de Dieu, demandant au Seigneur d'accomplir sur ce malade sa sainte Volonté. Quand, à l'improviste, arrive chez moi une vieille femme que je connaissais depuis longtemps. Elle avait une grande foi, et vivait dans la crainte de Dieu une vie très chrétienne. Elle vint me voir, et me demanda avec insistance que je ne prie pas autrement que pour la guérison du malade. Je me souviens alors d'avoir été passablement effrayé par cette idée : "comment puis-je avoir, moi, une telle audace, pensais-je ?" la vieille femme croyait cependant fermement en ma prière et demeurait sur ses positions. Alors j'ai confessé à Dieu ma nullité et mon état de péché, et ayant admis ce qui m'arrivait comme la Volonté de Dieu, je me mis à prier pour la guérison du malade. Et le Seigneur lui envoya sa grâce, le malade guérit. Quant à moi, je ne cessais de remercier Dieu pour cette grâce. Plus tard, une guérison eut à nouveau lieu à la suite de mes prières. Alors je vis clairement dans ces deux cas la Volonté divine, une nouvelle obéissance envers Dieu, prier pour tous ceux qui me le demanderont.» Le père Jean guérissait par sa prière non seulement des orthodoxes, mais aussi des hétérodoxes, des musulmans, des juifs. Ce grand don d'intercession, qui lui avait été donné pour ses efforts dans la prière, le jeûne, et son amour plein d'abnégation envers Dieu et les hommes, ce don le père Jean l'avait mis au service de tout hommes, image de Dieu, qui le Lui demandait. Dans la seconde période de sa vie, le mouvement dans cette communion avec les hommes changea de sens; ce n'est plus le père Jean qui allait au-devant des gens, c'est le monde qui affluait vers lui. Des flots de personnes venaient à lui de tous les endroits de la Russie. Ils arrivaient par milliers chaque jour à Kronstadt dans l'espoir de voir le père Jean et de recevoir conseils et assistance. Bien plus grande encore était la quantité de lettres et de télégrammes qu'il recevait : la poste de Kronstadt ouvrit pour cette correspondance un service spécial. Il arrivait par cette voie des sommes considérables d'argent pour ses œuvres. On ne peut apprécier son importance qu'approximativement, car le père Jean distribuait l'argent souvent dès qu'il le recevait. Avec cet argent le père Jean nourrissait quotidiennement un milliers de pauvres, avec cet argent il fit construire «la maison du labeur» comportant une école, une église, des ateliers et un asile. Il fonda dans son village natal un monastère féminin et construisit une grande église en dur. Il construisit à Saint Pétersbourg un monastère féminin sur la Carpovka, où il fut enterré à sa mort. Au grand regret des habitants de Kronstadt, le père Jean dut abandonner dans la seconde moitié de sa vie, dans la période où sa gloire s'était étendue à toute la Russie, les cours d'instruction religieuse qu'il professait à l'école de la ville de Kronstadt et au lycée classique, où il avait enseigné plus de 25 ans. Il était un pédagogue remarquable. Il ne recourait jamais aux moyens habituels d'enseignement qui avaient souvent cours alors dans nos établissements d'enseignement, à la sévérité excessive ou à l'humiliation morale des incapables. Pour le père Jean les notes ne servaient pas de moyen d'encouragement, ni les punitions de moyen d'intimidation. Ses succès, il les obtenait grâce à son attitude chaleureuse et sincère, d'abord envers son travail d'enseignement, puis vis-à-vis de ses élèves. Aussi ne connaissait-il pas «d'incapables». Dans sa classe, tout le monde sans exception écoutait avidement ses paroles. Son cours était attendu, il était plutôt un plaisir, un repos pour les élèves, qu'un travail ou une lourde obligation. C'était une conversation vivante, des propos entraînants, des narrations intéressantes captivant l'attention. Ces conversations du pasteur père avec les enfants restèrent dans la mémoire des jeunes élèves pour toute leur vie. Le père Jean justifiait sa manière d'enseigner par devant le corps pédagogique, au commencement de l'année scolaire pour la nécessité de fournir au pays avant tout des hommes et des chrétiens, faisant reculer la question des sciences au second plan. Souvent le père Jean après avoir pris la défense d'un élève condamné à l'exclusion, entreprenait son redressement. Les années passaient et l'enfant qui, initialement n'offrait aucun espoir, devenait un membre utile de la société. Le père Jean attribuait une importance particulière à la lecture des écritures saintes et de la vie des saints. Il apportait souvent à ses cours des vies de saints séparées qu'il distribuait aux élèves pour qu'ils les lisent chez eux. La vie du père Jean est un véritable exploit. Il se levait tous les jours à trois heures et se préparait à la célébration de la liturgie. À quatre heures il s'en allait à la cathédrale écouter les matines. Il y avait là déjà une foule de pèlerins qui espéraient recevoir au moins la bénédiction. Il y avait également une grande quantité de pauvres, auxquels le père Jean distribuait des pièces d'argent. Au cours des matines, le père Jean se chargeait toujours de la lecture du canon, à laquelle il attribuait une grande importance. Puis, avant la liturgie, prenait place la confession qui, au début, était individuelle, mais qui devint vite générale, par nécessité, vu l'immense quantité de gens qui désiraient se confesser. Cette confession commune produisit une impression bouleversante, Beaucoup de personnes confessaient sans honte leurs péchés de vive voix. La cathédrale Saint André, pouvant contenir jusqu'à 5000 personnes, était toujours pleine de monde. Aussi la communion durait-elle très longtemps, la liturgie ne s'achevait pas avant midi. Le service du père Jean était un élan constant et ardent de prières adressées à Dieu. Les lectures du père Jean n'étaient pas de simples lectures. C'était une conversation pleine de joie avec le Seigneur et ses saints. Il lisait avec force et netteté et sa voix pénétrait jusqu'au fond des âmes. Pendant la liturgie son regard plein de lumière allait au-devant de la lumière divine, les larmes coulaient de ses yeux. On voyait que le père Jean vivait tout l'histoire de notre rédemption, qu'il ressentait profondément tout l'amour de Dieu pour nous et toutes ses souffrances. Tous ceux qui, méfiants ou simplement curieux, se trouvaient là en ce moment sentaient fondre leur glaciale incrédulité et naître en eux une foi ardente. Les communiants étaient si nombreux qu'il fallait prévoir plusieurs grands calices. Plusieurs prêtres donnaient la communion qui durait souvent plus de deux heures. Pendant le service, les lettres et les télégrammes étaient portés au père Jean directement dans l'autel; il les lisait de suite et priait pour ceux qui le lui demandaient. Après l'office, le père Jean sortait de la cathédrale, suivi d'un millier de fidèles, et s'en allait à Saint-Pétersbourg visiter de nombreux malades. Il rentrait rarement avant minuit. Le père Jean avait le don de prêcher. Il parlait avec simplicité et souvent sans aucune préparation. Il ne recherchait pas les beaux mots et l’expression originale mais ses prêches se distinguaient par une force inhabituelle, par une pensée profonde, et en même temps par une science théologique exceptionnelle tout en étant parfaitement intelligibles même aux gens les plus simples. Malgré une occupation extraordinaire, le père Jean avait trouvé le temps de tenir une espèce de journal intime, qui étaient consignées quotidiennement les pensées qui résultaient de sa prière ou de sa méditation. C'est tout à la fois une conversation avec Dieu et des recommandations adressées aux hommes, réunies dans son livre «MA VIE EN CHRIST», véritable trésor spirituel qui est digne d'occuper une place parmi les œuvres des grands pères de l'Église. Dans l'édition de 1893' «MA VIE EN CHRIST» figure en trois tomes, avec plus de 1000 pages. La personnalité du père Jean s'y réfléchit comme dans un miroir. On peut y suivre en détail le cheminement qu'à suivi le père jean dans son auto perfectionnement spirituel, la manière dont il a étudié les Saintes Écritures. Ces dernières, il les avait assimilées non seulement par son esprit mais également par son cœur. Aussi tout son journal est-il marqué par le triomphe et l'inspiration propres aux Écritures saintes. Les prêches du père Jean ont été également consignés, et ils représentent l'équivalent de trois tomes, totalisant quelques 1800 pages. Ils constituent un matériel inépuisable de direction spirituelle. Chaque parole vient du cœur, elle est pleine de foi et de feu; les pensées sont d'une profondeur et d'une sagesse étonnantes, l'ensemble est admirablement simple et claire . Il n'y a pas de mots superflus, pas de «belles phrases». «Ma vie en Christ» a attiré vite l'attention du monde entier, elle a été traduite en plusieurs langues étrangères; les prêtres anglicans l'ont retenue comme leur livre de chevet. La pensée fondamentale de toutes les œuvres du père Jean est : nécessité d'une foi vraie, ardente et d'une vie selon la foi, dans la lutte constante contre ses passions et sa concupiscence, la fidélité à la foi et à l'Église orthodoxe, seule salvatrice. À l'égard de la Russie, de son peuple et de son destin, le père Jean avait une attitude qui lui attira la plus vive et le plus impitoyable opposition de la part des éléments anarchistes et révolutionnaires, ainsi que la majeure partie de l'intelligentsia, de la société éclairée. C'est une des raisons profondes de l'opposition sourde et hypocrite qui se manifeste encore de nos jours vis à vis du père Jean et qui s'est ravivée à l'occasion de sa canonisation, cette dernière étant présentée comme une erreur en matière de juridique ecclésiale. Le père Jean flétrissait tout esprit de rébellion, il appelait le peuple à prendre enseignement sur l'exemple donné par les ancêtres en matière de foi, de sagesse et de courage. «Le Seigneur nous a confié un immense talent salvateur, celui de la foi orthodoxe. Qui vous a enseigné l'insoumission, la rébellion absurde, inconnues autrefois en Russie. Cessez d'extravaguer. Cessez de boire l'amer calice plein de poison, poison pour vous et pour la Russie.» Et il prophétisait sévèrement : «L'empire russe est ébranlé, il chancelle, il est proche de sa chute.» Si les choses en Russie vont aller de cette façon, et si les anarchistes insensés ne sont pas soumis au châtiment juste de la loi, et si la Russie ne se libère pas de son abondante ivraie, elle deviendra un désert, comme d'anciennes villes et d'anciens empires, effacés de la terre par la Justice divine pour leur athéisme et leurs iniquités.» «Pauvre patrie. Quand retrouveras-tu la prospérité ? Seulement quand tu t'attacheras de tout ton cœur à Dieu, à l'Église, à l'amour pour ton tzar et ta patrie et à la pureté de tes mœurs.» Les dernières années de sa vie, le père Jean eut une épreuve supplémentaire, celle de la maladie. Il supporta tout avec douceur et sa patience habituelle, ne se plaignant de rien. L'obéissance spirituelle que le père Jean vouait à sa mère est particulièrement touchante, et aussi, révélatrice des fondements de son humilité. Un jour, pendant le carême, le père Jean tombait malade et les médecins lui ordonnèrent de rompre le jeune, sous peine de voir arriver le pire. Le père Jean acquiesça, mais voulu d'abord demander la bénédiction à sa mère. Sur ses indications une lettre fut envoyée immédiatement à sa mère. Deux semaines s'écoulent. Le malade est de plus en plus mal. Enfin la réponse arrive : «J'envoie ma bénédiction, mais il ne peut être question de rompre le jeûne.» le père Jean reçut la réponse avec un grand soulagement. À la fin de sa vie, luttant contre la maladie, il refusa également de rompre le jeûne, ainsi que le lui demandaient les médecins. Voici ses paroles : «Je remercie le Seigneur pour les souffrances qu'Il m'envoie, afin que mon âme se purifie de ses péchés. Vivifiante est la sainte communion.» Aussi continua-t-il à communier chaque jour. Le 10 décembre 1908, rassemblant ses dernières forces, le père Jean célébra pour la dernière fois la sainte liturgie dans la cathédrale de Saint André de Kronstadt. À 7h 40, le matin du 20 décembre 1908, il rejoignait le Seigneur, ayant auparavant annoncé le jour de sa mort. Père Benjamin Joukoff